jeudi 3 février 2011

Le suicide est-il une option?

Nous nageons présentement en pleine Semaine de Prévention du Suicide.  Le thème de cette année : Le suicide n'est pas une option. C'est une cause que je porte dans mon coeur, du moins depuis que mon copain s'est enlevé la vie, il y a déjà 9 ans.  Je vous remets dans le contexte.

Je connais M* depuis le début de mon secondaire.  Il était un être incernable, mystérieux, secret, à la limite d'être ténébreux.  Il a été mon premier "vrai" chum, c'est-à-dire le premier avec qui j'ai (secrètement?!) fait des projets d'avenir.  Comme je l'ai déjà écrit, j'ai quitté mon cocon familial très tôt, à l'âge de 16 ans.  Ensuite, j'ai ramé.  Ramé pour subvenir à mes besoins en travaillant au Subway du coin.  Ramé pour continuer l'école­.  Ramé pour survivre.  Je suis rapidement devenu prête à fonder ma famille.  J'avais espoir que c'était possible malgré notre jeune âge, lui non.  Il s'était alors creusé un fossé infranchissable entre M* et moi.  Fin de notre relation. 

Nous sommes par contre restés de bons amis.  De si bons amis qu'il a même accepté, près de 2 ans après notre rupture, de venir habiter chez moi et qui sait, raccorder les liens brisés.  C'est à ce moment que je suis tombée enceinte pour la première fois.  M* allait être papa.  Ç'aurait du lui sauver la vie.  Mais le destin s'était montré tragique (voir Un Ange sur la lune...).  Notre petite fille n'a fait que passer dans nos vies, effleurant nos âmes et brisant nos coeurs.  Re-Fin de notre re-relation.

Des épreuves, oui M* en a vécues.  À chaque fois, il maudissait le destin.  Tout était fatalité pour lui.  Ses peines étaient si profondes que ses joies semblaient toujours superficielles.  Je l'avais toujours connu comme ça.  Alors je ne m'étais pas méfiée de ses paroles funestes. Je n'avais pas remarqué à quel point il était égaré. J'avais réussi à recommencer à vivre, alors que lui ne songeait qu'à disparaître.  Le suicide était-elle la seule option qu'il avait à ce moment de sa vie? Peut-être pas...

Si je pense à mes 10 dernières années, la vie m'a apporté davantage de bonheurs que de tristesse.  J'ai un bon conjoint, des magnifiques enfants, un nid bien chauffé, tout plein d'amis, une famille présente... Ça aurait pu arriver à lui aussi, il le méritait tellement plus que moi.

Depuis que M* a fait le saut de ce foutu pont, j'ai voulu m'impliquer pour la cause de la prévention du suicide.  Pour comprendre, mais aussi pour m'outiller.  J'ai suivi plusieurs formations.  Je suis maintenant Sentinelle dans un programme de prévention dans ma communauté.  Je fais également de l'écoute téléphonique.  Et cette semaine, je me promène dans les écoles secondaires afin de sensibiliser nos ados à la prévention du suicide, leur présenter les ressources d'aide et aussi les écouter.  C'est avec l'image de M* plantée dans les yeux que je leur dis que le suicide n'est JAMAIS une option.

Il ne faut pas oublier que la réalité du suicide nous concerne tous et que nous avons un rôle à jouer en matière de prévention. La prévention du suicide est une responsabilité collective.  Passons le message.


lundi 3 janvier 2011

Un ange sur la lune...


Ange est entrée dans ma vie le 19 novembre 2000, dans un mélange de peur et de bonheur. Accouchement totalement imprévu à 30 semaines de grossesse.  L'échographie réalisée 2 jours auparavent ne laissait rien présager de ce sombre destin.  L'équipe de réanimation de l'hôpital Ste-Justine attendait.  Le gynéco attendait.  Les infirmières attendaient. Je me disais que sûrement aucun enfant n'avait été attendu à ce point par autant d'étrangers.  Impuissants devant ces contractions si fortes et si efficaces, tous s'étaient résignés à attendre la naissance de ce mini-bébé.

Col effacé à 100%, dilaté à 9 cm, poche des eaux rompue... On m'a dit que je devrais bientôt ressentir un besoin de pousser.  Tous ces mots n'avaient aucune signification pour moi qui n'avait même pas eu le temps d'ouvrir mon petit guide de préparation à l'accouchement. Je n'avais aucunement le désir d'expulser ce petit être qui aurait normalement dû vivre blotti dans mon ventre encore au moins 2 mois.  Mais la nature étant faite ainsi, je ne pouvais plus me retenir de pousser.  Si j'avais accepté l'épidurale, peut-être aurai-je pu la garder en moi quelques instants de plus.

Alors j'ai poussé, 1 fois, 2 fois et tout le monde a retenu son souffle.  À 6h10, ma fille avait été expulsée, si fortement que le médecin a du la retenir avec le drap pour ne pas l'échapper.  Et elle s'est mise à pleurer, si fort que tout le monde a versé des larmes.  On m'avait expliqué qu'il était possible qu'elle soit tout bleue, qu'on doive la réanimer, qu'elle ne respire pas, qu'elle soit couverte d'un duvet tout visqueux.  Mais jamais on m'avait dit qu'elle pouvait être si belle.  Elle ressemblait à son papa.  J'ai même pu la garder sur moi, sentir son souffle chaud.  Je n'ai pas rêvé, son souffle était chaud.  Elle était vivante.

On l'a amené, on l'a examiné, on l'a lavé puis on l'a installé dans un incubateur.  J'ai pu aller la voir.  On aurait dit qu'elle s'en allait sur la lune dans son vaisseau spatial. Petit ange, tu te battais...

Et comme tout semblait bien aller, j'ai pu la prendre dans mes bras et la faire boire.  "Aidez-moi quelqu'un!   Mon cours d'Allaitement 101 devait avoir lieu dans 2 semaines."   C'est Ange qui m'a aidé.  Elle a bu comme une grande et s'est endormie.  J'étais dans une telle extase que je ne m'étais pas rendue compte que son teint devenait bleu.  Je dois avouer que je ne me rappelle plus très bien de ce qui s'est passé par la suite.  La situation avait changé, voilà tout!

15h45.  "D'accord, débranchez-la!  De toutes façons, elle n'aurait pas pu vivre bien longtemps comme ça, elle aurait été légume ou fortement handicapée.  Qui voudrait d'un enfant handicapée dans un petit appartement du Plateau Mont-Royal?"  Tous ces mots n'étaient pas de moi, mais je me suis entendue les dire.

16h40.  Ange est débranchée.  Je pleure, je cries pour qu'on me laisse partir avec ma bébé.  Aller n'importe où, dans sa belle chambre toute rose qu'on lui avait préparée ou même dans le café du coin.  Mais qui a envie de voir un enfant mourir en buvant son Starbuck?  Ma raison n'était plus là.  Je me suis assise sur le rebord de la fenêtre.  Je voulais que Ange voit la ville, la vie qui grouille.  Elle avait les yeux ouverts.  Elle ressemblait à un petit champignon avec son bonnet tricoté serré.  Contrairement à ce que je croyais, elle restait bien vivante.  Papa était toujours à mes côtés.  Il a pris Ange dans ses bras quelques minutes, l'a embrassé sur le front et me l'a redonné.  Il est parti, incapable de voir la fin arriver.  Notre relation ne survivra pas à cette épreuve.  J'ai demandé à ce qu'on ne me dérange plus.  "Il faut venir voir si toi ça va, vérifier tes signes vitaux", me dit l'infirmière.  Que pourrait-il m'arriver de pire?  Si mon coeur s'arrête, ne me réanimez pas SVP!


Je berçais Ange, toujours assise sur le rebord de la fenêtre, en lui chantant des chansons.  Non pas des chansons, mais une seule.  Comme si c'était la seule chanson que je connaissais, comme si c'était la seule qui avait un sens.  "À la claire fontaine, m'en allant promener, j'ai trouvé l'eau si belle que je m'y suis baigné..."

Le temps passait et Ange devenait de plus en plus lourde.  Ses yeux ne s'ouvraient plus.  Sa bouche était figée en un rictus qui ressemblait davantage à un sourire qu'à une souffrance.  Je n'avais soudainement plus peur de la mort.  Ça m'a rappelé Grenouille, un hamster que j'avais lorsque j'étais petite.  Il était devenu vieux et malade.  Sa mort était imminente.  Je n'osais plus le toucher tellement la mort me répugnait.  Et un matin, je l'ai retrouvé tout au fond de son nid, froid et rigide.  Ma peur s'était dissipée.  J'avais blotti Grenouille contre mon coeur, l'avais couvert de baisers.  J'avais 5 ans...

23h02  Ange m'a quitté.  Ange est partie sur la lune, sans incubateur cette fois.  Elle était si légère qu'elle pouvait sûrement voler.  Et mon coeur a cessé de battre.  Je ne sais pas encore aujourd'hui si quelqu'un a réussi à me réanimer.

"Il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai..."

jeudi 30 décembre 2010

Bonne année 2011

L'année 2010 tire à sa fin.  "Enfin!", diront certains.  "Pas déjà!", diront les autres.  Je suis un peu ambivalente.  Oui l'année 2010 a été difficile, mais 2011 sera t'elle pire?  À suivre...

Que pouvons-nous se souhaiter pour cette nouvelle année?  Du bonheur et de la santé, évidemment.  Mais peut-être un peu plus .  Apprécier les autres, plutôt que de les juger. Jouer avec nos enfants, plutôt que les gronder.  Prendre soin de nos parents, plutôt qu'en être dépendant.  Se faire de nouveaux amis, plutôt que d'en perdre.  Donner, plutôt que de recevoir.  Avoir une oreille attentive, plutôt que de s'écouter parler.   Être généreux, plutôt que d'accumuler.  Surprendre, plutôt que de décevoir.  Se voir, plutôt que de s'ignorer. Faire la paix, plutôt que de blesser.  Faire rire, plutôt que de faire pleurer.  S'attacher aux autres, plutôt que s'isoler. Aimer, plutôt que mépriser.  Voilà, AIMER.  Ça sera mon souhait pour cette année.
Ma résolution : Aimer plus souvent, Aimer plus de monde, Aimer plus fort, Aimer mieux

Bonne année 2011 à tous

mardi 7 décembre 2010

L'adoptée

Comme tout enfant adopté, j'ai mis du temps avant de croire que je ne serai pas à nouveau abandonnée.  C'était une peur très tenace qui m'a accompagné toute mon enfance.  Pour apaiser mon mal d'abandon, j'ai toujours  gardé espoir d'avoir été désiré par mes parents biologiques, juste un petit peu.  Ma mère, je l'ai tant idéalisée.  À mes yeux, elle était parfaite.  Idéaliser, c'est aussi se révolter contre l'abandon initial.
Je crois de plus en plus à la transmission génétique des blessures profondes. Il faut prendre conscience de l'importance de faire la paix avec nos traumatismes pour éviter de les transmettre à nos enfants.  Car au fil du temps, j'ai recueilli des informations sur ma famille biologique qui m'ont bouleversé.  J'ai eu l'impression de comprendre enfin (un peu!) qui je suis. 

Ma mère: Ma mère, alors âgée de 16 ans, est tombée enceinte par accident, comme cela arrive si fréquemment, ici comme ailleurs.  Sauf qu'elle vivait ailleurs, au Chili. Dans ce pays catholique, l'avortement n'était pas une option.
Moi : À 16 ans, je suis partie vivre en appartement avec une idée en tête : avoir un enfant.  Je n'avais jamais compris d'où me venait ce désir presque névrosé d'avoir un enfant à cet âge.  Pour réparer la gaffe de ma maman? Peut-être...

Ma mère:  Je suis née prématurément à 31 semaines de grossesse.  Une fois sortie de mon incubateur, ma maman m'a laissé m'envolé vers un pays lointain.
Moi : C'est finalement à 21 ans que j'ai eu mon premier bébé.  Un bébé prématuré né à 30 semaines et 6 jours de grossesse. Un bébé-Ange qui s'est envolé peu de temps après son premier souffle.

Ma mère:  Mon papa est décédé quelques temps après ma naissance... dû à un conflit politique sous le régime Pinochet, semble-t-il.
Moi : Mon "high-school Boyfriend" s'est enlevé la vie en se jettant d'un pont...dû à un conflit profond avec lui-même, semble-t-il.

Ma vie est intensément liée à celle de ma mère, de la même façon que mon vécu aura une influence directe sur l'avenir de mes enfants.  C'est important tout ça!  J'ai souvent trébuché sur des obstacles laissés sur le chemin et j'ai maintenant peur que mes enfants s'engouffrent dans mes failles.

Il y a tellement de choses que j'aimerais savoir sur toi maman, qui rendraient ma vie plus légère.  Où es-tu aujourd'hui.  J'espère que t'as pas abandonné, parce que moi je ne cesse jamais de lutter. Parfois la vie nous réserve de belles surprises, comme ces trois enfants qui te ressemblent peut-être. As-tu toujours ce besoin de liberté totale dont les gens m'ont parlé et que j'ai reçu en héritage.  Dis-moi comment m'en sortir.  Dis-moi comment m'attacher un peu.
Il y a tellement de choses que j'aimerais te demander.  As-tu été émue comme moi de voir à quel point un bébé si minuscule pouvait être si beau? As tu été dévastée comme je l'ai été lorsque ce petit bébé tout neuf t'a été enlevé? Pleures-tu le 20 décembre de chaque année, comme je le fais le 19 novembre?  Pourquoi la vie nous glisse-t-elle si souvent entre les doigts?

Il y a tellement de choses que j'aimerais te dire. Les mots se bousculent beaucoup trop dans ma tête.

Alors si jamais vous rencontrez Maria Isabel Guerra Godoy, dites-lui au moins que je l'aime de tout mon coeur...

samedi 6 novembre 2010

La Résilience...

Résilience : Fait de prendre acte de ses traumatismes pour ne plus vivre dans la dépression
Résilience : Aptitude à s'adapter, à réussir à vivre et à se développer positivement en dépit de circonstances défavorables

Résiliente: Personnalité qui résiste aux épreuves de la vie

Je suis Résiliente.  Pas que la vie m'aie apporté des épreuves pires que celles des autres.  Chaque vie est remplie d'épreuves, c'est certain.  La survie, c'est plutôt comme une course à obsacles.  Parfois on trébuche, parfois on manque un peu de souffle, souvent notre coeur débat.  On atteint tous un jour ou l'autre le fil d'arrivée.

Je ne suis pas une traumatisée de la vie, ni une dépressive.  Au contraire, les épreuves que j'ai vécues ont fait de moi une meilleure personne.  On dit que les enfants ayant une bonne capacité de résilience ont de meilleures chances dans la vie.  Je crois bien avoir déjà fait partie de ce groupe, moi qui a été abandonnée successivement  par mon père, ma mère, ma grand-mère, deux familles potentielles, etc.  Tout ça, avant d'avoir atteint l'âge de 4 mois. Je me surprends parfois à les aimer tous secrètement.  La rancune, je connais pas.

Parfois, il y a des épreuves qui remettent en question toute notre existence.  J'ai sûrement fait quelque chose d'atroce pour mériter pareille souffrance.  C'est du moins ce que je me suis dit lorsque le 19 novembre 2000,   ma bébé toute neuve est décédée dans mes bras.  Bien sûr, ma vie s'est replacée par la suite.   Nouveau conjoint, nouveaux enfants.  Mais depuis, j'ai une dette envers la vie, envers l'Enfance. Ma mission a changé, ou plutôt, je m'en suis trouvée une.  Changer le monde en sauvant les enfants, en les rendant capables d'une certaine résilience...